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Cette fois, la puissante
et riche Scuderia Ferrari ne se défile pas. Consciente de
ses moyens et de ses responsabilités, elle s'oblige aujourd'hui
publiquement à vaincre. Sur quelles données précises et
concrètes construit-elle son ambition?
Sur une succession d'éléments positifs dont la fin de l'ère
John Barnard semble être le point névralgique. Minutieux
et novateur, ce dernier privilégiait peut-être un peu trop
la mécanique à l'aérodynamique, la conception au développement
et à l'exploitation. Avec Ross Brawn, le directeur technique,
et Rory Byrne, le chef de projet, la Scuderia a donc reconstitué
un commando qui, avec Schumacher, a prouvé sa compétence
et sa parfaite entente. Fruit de cette complicité, la nouvelle
F300! Une machine sans surprise, pensée autour de trois
axes prioritaires: l'augmentation de la performance aérodynamique,
l'abaissement du centre de gravité général et l'optimisation
de la répartition des masses. Côté moteur le 046/2 a fait
place à l'inédit 047 dont l'angle du V a été sensiblement
élargi (de 75° à 80°). Deux lignes fortes ont présidé à
sa conception: la souplesse pour le confort de pilotage
et la fiabilité. Après les hommes et le matériel, abordons
l'aspect financier. Un sponsor est parti, un autre est arrivé
et un nouveau est attendu. Si la participation de Fiat est
figée, celle de Ferrari Production fluctue en fonction du
chiffre d'affaires. Celui-ci ayant été globalement bon,
on peut imaginer une petite rallonge. De leur côté, les
droits Foca, les droits télé et les revenus du merchandising
ont augmenté mais, officiellement, le budget n'a pas progressé
et se trouverait toujours aux alentours de 1,2 milliard
de francs. Bref à l'énoncé de ces faits, il serait aisé
de faire de Ferrari le principal challenger de Williams
dans la course au titre si, malheureusement, deux interrogations
ne venaient quelque peu obscurcir le beau ciel de Maranello.
La première est d'ordre technique et concerne les gaz brûlants
d'échappement qui portent la température de certains éléments
de la suspension arrière à plus de 400°C. La seconde touche
au mental de Schumacher qui, plus que jamais au cours de
sa carrière, aura à gérer la tension et les ondes négatives
nées de son coup de volant suicidaire de Jerez. Certes,
dans les deux cas, tant les hommes de Ross Brawn que Michael
lui-même devraient être en mesure de trouver les remèdes
nécessaires, mais il n'empêche que les premières joutes
seront quoi qu'il arrive placées sous le signe de la pression.
En fait, ce n'est qu'après la première victoire que les
derniers doutes seront levés et que les cicatrices se refermeront.
Fort déçu de n'avoir pu accrocher le titre l'an passé pour
le cinquantenaire de sa création, la Scuderia entend cette
année honorer comme il se doit la mémoire de celui qui,
en cette année 1998, aurait eu 100 ans. Pour les héritiers
du Commendatore, le moment est donc venu d'accomplir leur
destin. Ils n'ont pas le droit à l'erreur... Ce qui, peut-être,
va être leur plus grand atout!
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