A travers quelques "réformettes"
apparemment anodines, la F1 s'est placée face à une énorme montagne
d'inconnues. Des années qu'elle n'avait vécu pareille remise en
question technique, dont le sport et le pilote sortiront grandis.
Interdiction des "wing-cars", ces monoplaces diaboliques au plancher
en profil d'aile d'avion inversée ; généralisation des ravitaillements,
du moteur turbo? Interdiction des pneus lisses au "profit" des rainurés?
La F1 moderne a vécu quelques belles révolutions dont l'histoire se
souviendra. Celle que la FIA a imposée cette année n'a pas cette
importance, mais elle risque néanmoins d'en avoir les mêmes portées!
Les souhaits de la Fédération étaient évidents: réduire les performances
en virages, devenues particulièrement dangereuses et à la limite
du physiquement supportable pour les pilotes, redorer le rôle
de ce dernier, re-dynamiser des courses devenues soporifiques
et, objectif plus ou moins avoué, introduire de nouvelles cartes
dans un jeu trop dominé par Ferrari.
La
connaissance sans cesse plus précise du fonctionnement d'un véhicule
en mouvement étant ce qu'elle est - merci les souffleries et le
transfert aéronautique-sport automobile! - une F1 est devenue
une machine à créer des appuis aérodynamiques. Environ 200 kg
à 100 km/h, 800 kg à 200 km/h ce qui lui permettrait de rouler
sur le plafond du tunnel de Monaco sans la moindre difficulté
- 1200 kg à 240 km/h et 1900 kg à 300 km/h. Face à ce constat,
la FIA a voulu démonter la chaîne: moins d'appuis = pneus moins
collés au sol = moins de stabilité dans les freinages et accélérations
+ vitesse en virage réduite + pilotage plus sensible.
Comment casser l'usine à appuis? En agissant sur deux domaines:
les ailerons, créateurs d'appuis aéro "payants" en traînée (qui
coûte cher en km/h) et l'extracteur prolongeant le plancher à
l'arrière, générateur d'appuis "gratuits", sans traînée, augmentant
l'adhérence de la monoplace uniquement par effet d'aspiration.
- Première mesure destinée à casser l'effet de sol, aussi discrète
qu'efficace: celle qui impose une nouvelle découpe du plancher
autour de la roue postérieure. Le plancher doit désormais s'arrêter
à 400 mm de l'axe de la roue arrière sur une largeur de 200 mm,
avec 140 mm de rayon de raccordement. Ainsi privé d'étanchéité,
le soubassement voit son effet d'aspiration diminuer et les perturbations
dues à la rotation de la roue augmenter. 20% d'efficacité perdue.
- Seconde mesure liée à l'effet de sol: grâce à sa forme d'entonnoir,
l'extracteur provoque une accélération des molécules d'air sous
le plancher de la voiture, donc un phénomène de succion entre
plancher et sol. Si le tunnel central demeure inchangé entre 2004
et 2005 son ou ses collègues latéraux ne doivent pas dépasser
l'axe des roues arrière et une hauteur de 125 mm. L'effet d'aspiration
est notablement amoindri. Selon le résultat de cette mesure, la
FIA pourra aller plus loin, et s'attaquer au tunnel central. 50%
d'efficacité évaporée!
- Restait à réduire le travail des ailerons. Il a suffi d'avancer
de 150 mm celui de l'arrière vers l'axe des roues pour qu'il perde
10% de son efficacité! Le législateur a néanmoins laissé la limite
arrière de la dérive à son ancienne dimension, d'où 150 mm de
plus à offrir aux sponsors!
Ces mesures ne suffisant pas, la FIA a décrété le relèvement de
l'aileron avant de 100 mm à 150 mm par rapport au plan de référence
représenté par le "sabot" situé sous la coque, sauf sur la partie
centrale de 50 cm correspondant à la largeur de ce plan de référence.
Perte d'efficacité d'environ 20%. D'où des ailerons antérieurs
particulièrement ondulés, voire doublés d'un mini-profil inférieur
sur ces 50 cm épargnés. Les dérives latérales ne doivent pas se
situer à moins de 10 cm du plan de référence.
Après l'époque du moteur "spécial qualif" affûté pour quelques
tours dans l'unique but de décrocher la meilleur place de grille,
que l'on démontait le samedi au profit d'un moteur "spécial course"
en mesure de parcourir 350 km, arriva l'ère du moteur unique pour
tout un week-end de GP, conçu pour une distance de 600-700 km.
La saison 2005 verra cette distance doubler: essais libres, qualification
et course pour deux Grands Prix! A en croire certains motoristes,
sans doute les plus optimistes, ou ceux dont le moteur n'était
pas au top niveau, cela n'aurait entraîné aucune conséquence majeure
au niveau du régime, donc de la puissance, de l'encombrement et
du poids.
La procédure employée par la FIA est simple: à l'issue du premier
GP, les moteurs seront plombés jusqu'au prochain. Des plaques
seront également posées sur les sorties d'échappement afin que
le moteur ne puisse repasser au banc d'essai entre les deux événements.
Chaque écurie reste évidemment responsable de ses moteurs et de
leur logistique.
Dans le cas d'un moteur cassé le vendredi, quelle sera la punition?
Recul de dix places sur la grille et moteur neuf. Lequel moteur
devra compléter l'événement en question plus l'intégralité du
suivant, durant lequel il n'y aura aucune pénalité supplémentaire.
Si la casse moteur intervient après la 2ème séance de qualification?
Départ du fond de grille pour le GP en cours. Le moteur neuf n'aura
à couvrir que la distance du GP concerné et l'intégralité de l'événement
suivant.
Question: un pilote habitué à la victoire dispose d'un moteur
poussif et dispute son 1er GP hors-point. N'a-t-il pas intérêt
à le détruire volontairement, pour en avoir un neuf au GP suivant,
qui peut être par exemple un GP très exigeant côté moteur, style
Spa, Monza ou Suzuka?
Réponse: cette question est l'une de celles posées par ce règlement.
Les directeurs sportifs n'ont certainement pas manqué d'étudier
tous les cas de figure en mesure d'offrir une interprétation "optimum"!
Si un pilote ne finit pas le GP n°1, il aura recours à un
moteur neuf pour le GP n°2, sans pénalité. Ce qui est logique
car son abandon sur le GP n° 1 peut être causé par un accrochage
ayant entraîné un surrégime. Pourquoi, en plus, pénaliser la victime
de 10 places de grille sur le GP suivant? Dans ce cas, la règle
pourra favoriser l'un ou l'autre. De là à imaginer un bouton "blow
up" sur le volant... A ce compte-là, et dans le meilleur des cas,
le pilote peut espérer marquer des points un coup sur deux! Donc
pas viser le titre mondial, qui réclamera autant régularité que
performance. Par contre, pour un coup de marketing bien placé...
Petit conseil: munissez-vous d'un petit carnet pour suivre les
GP devant votre télévision et tenez une petite comptabilité "moteurs".
Il vous sera également utile dans le futur puisque le V8 2400
cm3 appelé à remplacer l'actuel V10 3000 cm3 sera lui aussi soumis
à la règle des deux GP obligatoires. En attendant plus...
Dans son souci de réduire les performances en virages, la FIA
n'y est pas allée de main morte. A la réduction des appuis aérodynamiques,
elle a ajouté l'obligation de disputer avec le même train de pneus
les deux tours lancés de qualification, la course et tous les
tours de lancement ou de chauffe que cela implique. D'une moyenne
de 80 km, la durée de vie du pneu est ainsi portée à 350-400 km.
Cette mesure risque de brouiller les cartes plus que toute autre,
dans la mesure où le rendement du pneu est lié à l'efficacité
aérodynamique. Moins il est écrasé sur le sol, plus il dérive
et plus il se dégrade. Cercle vicieux qui prend encore plus d'importance
avec une gomme dure, dont la montée en température sera plus fastidieuse.
A travers cette mesure, c'est toute la chaîne que la FIA a touchée.
Equilibre de la monoplace, confort de pilotage, souplesse du moteur,
sophistication et sensibilité des systèmes électroniques (différentiel,
antipatinage...), réglages des suspensions... vont prendre une
importance fondamentale. Une F1 "mangeuse de pneus" qui pouvait
s'en sortir en 2004 grâce aux ravitaillements ne le pourra plus
cette année. Le pilotage sera lui aussi grandement responsabilisé.
Douceur dans les freinages, dans les accélérations, sens de la
trajectoire... La gestion de l'usure des pneus, et par conséquence
"l'intelligence" de la course deviendront des éléments capitaux
dont certains jeunes pilotes pourront souffrir faute d'expérience,
et surtout pour avoir été nourris au pneu "en veux-tu en voilà"!
L'application de la règle est la suivante: vendredi, chaque pilote
dispose d'un train de pneus de deux types différents. A, "standard",
et B, "option", généralement sensiblement plus tendre. Le choix
est effectué le samedi matin. Le pilote dispose alors de deux
trains du type choisi, plus celui du vendredi, déjà bien fatigué.
Le 1er train roulera le samedi matin durant les deux séances libres,
le 2ème disputera les qualifications et la course.
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